Lettre à toi … Mon papou
Je vais commencer simplement par te dire une chose : je t’aime.
Pendant longtemps, j’ai cru que les super-héros ne pouvaient jamais perdre.
Qu’ils étaient invincibles, éternels.
Mais la réalité est toute autre…
Et aujourd’hui fait partie des jours les plus difficiles de ma vie.
Parce qu’aujourd’hui, je ne perds pas seulement mon grand-père.
Je perds mon Papou.
L’homme qui m’a appris à pêcher avec des bottes six fois trop grandes pour moi…
Mais qu’est-ce qu’on a pu rire ce jour-là.
Et même si les bottes étaient trop grandes, j’ai quand même obtenu mon premier « permis de pêche » avec toi.
Et il faut aussi dire une chose importante :
Tu es le premier… et surtout le dernier… qui a réussi à me faire tenir un asticot dans ma main.
Un exploit que personne n’a réussi à reproduire depuis.
Je me rappelle aussi encore très bien de ta voix.
Cette voix qui a bercé mon enfance… Une voix douce, rassurante, reconnaissable parmi mille autres.
Je me souviens de ces moments où je pouvais t’écouter raconter tes histoires pendant des heures.
Et pourtant, ces heures semblaient passer en quelques minutes seulement.
Parce que tu avais ce don rare d’apaiser, de rassembler, et de nous faire voyager rien qu’avec tes mots.
Tu es aussi l’homme qui, avant même mon papa, m’a fait croire que les gros bidous servaient surtout à faire de meilleurs câlins.
Et crois-moi… ils étaient vraiment parfaits, ces câlins.
C’est toi aussi qui m’as appris à faire la baleine dans l’eau, à plonger, et avec qui nettoyer une piscine devenait presque un jeu.
Aujourd’hui que j’ai la chance d’en avoir une, je dois quand même avouer que je suis bien contente de ne plus avoir à la nettoyer comme avant.
Tu es aussi celui qui m’a appris à écouter cette petite voix dans ma tête.
Celle qui nous guide quand on doit faire un choix, prendre une décision, ou quand on se retrouve un peu perdus, loin des siens.
Et je crois que tu l’avais déjà transmise aux générations avant moi, parce que ta fille, ma maman, me le rappelle souvent.
Et je peux te dire qu’à 26 ans, cette petite voix m’a déjà souvent bien aidée.
Dans les moments de doute, dans les décisions importantes, ou simplement quand la vie me met face à des chemins inattendus.
Alors aujourd’hui, je suis fière d’avoir appris à l’écouter… Et encore plus fière de savoir que c’est toi qui me l’as transmise.
Je me souviens aussi des moments où je me disputais avec Clara pour savoir qui viendrait te chercher dans ton bureau parce que Ktou t’appelait pour passer à table.
Ce bureau… c’était un peu notre endroit secret.
La tour du grand Papou.
Un lieu où l’on riait à gorge déployée,
Et où, du haut de nos petits âges, on pouvait te confier nos plus grands secrets en pensant être à l’abri de tout.
C’est aussi avec toi que j’ai goûté le vin pour la première fois…
Et je crois que depuis, je ne me suis pas arrêtée à seulement le goûter.
Mais quand on regarde notre famille… c’était peut-être un peu prévisible.
En parlant de notre famille…
Ce n’était pas toujours simple d’expliquer dans la cour de récréation que mon papy avait été marié presque autant de fois qu’on a de doigts sur une main.
Mais malgré tout, merci.
Merci d’avoir créé cette famille qui est la mienne.
Une famille avec des obstacles, des caractères bien trempés…
Des caractères Amoroso, comme on aime dire juste pour cacher qu’on a tous un petit caractère de cochon.
Mais quoi qu’il arrive, on est restés une famille.
Et on en est fiers, d’être des Amoroso.
Aujourd’hui je suis loin, très loin même… à plus de 6000 kilomètres.
Mais je sais que la distance ne change rien.
Je sais que tu continueras de veiller sur moi.
Et j’aime penser qu’une nouvelle étoile est arrivée à bon port, là-haut, auprès de celles qui veillent déjà sur nous.
On dit souvent, dans la famille Amoroso, que lorsque quelqu’un nous quitte, c’est pour laisser sa place à quelqu’un d’autre.
Papou, il y a 26 ans, ton papa avait murmuré à maman qu’il laissait sa place à sa fille… à moi.
Aujourd’hui, malgré toi, l’histoire se répète, et tu laisses ta place au dernier des petits-enfants.
Et comme moi, il y a 26 ans, qui ai grandi avec une part de ton papa au fond de mon cœur, je suis certaine que César grandira lui aussi avec une part de toi en lui.
Je resterai toujours convaincue que Michel Amoroso était un grand homme.
Un homme qui aimait du plus profond de son cœur ses Amoroso and Co.
Et même quand la maladie brouillait les souvenirs, tu trouvais toujours une façon de nous reconnaître, par un geste, un regard, un signe bien à toi.
Alors repose-toi maintenant, Papou.
Retrouve ton papa et ta maman.
Mais promets-nous de ne jamais nous oublier.
Et où que je sois dans le monde, je sais qu’il me suffira de lever les yeux vers le ciel pour me souvenir que quelque part là-haut, mon Papou veille encore sur moi.
Je t’aime, et tu vas terriblement me manquer.
Ta première petite-fille…
Suivi d’une grande lignée.